Hier, c'était la reprise du yoga. 

Dès le matin, j'ai senti que ça allait être une journée vraiment parfaite. Toutes les journées sont parfaites. Mais, là, il y avait quelque chose de spécial. Réveillée par ma fille et l'histoire de son voyage : la mer si chaude et si bleue, un filet de bar tellement frais et bien préparé, une voiture de location si petite pour son amoureux qui a les jambes si longues. Puis le brunch : je mets sur la table la salade de lentilles, le melon coupé en petits morceaux, le miel et les fruits compotés. Le merveilleux s'invite.

Je choisis avec grand soin ma tenue pour aller au cours : un pantalon gris clair et un tee-shirt corail. Je rajoute mon petit collier avec les oiseaux.

Je retrouve les copines avec plaisir. Nous ne sommes pas nombreuses. Aujourd'hui, le thème est le changement de saison qui est le moment idéal pour se débarrasser des vieilles choses et aller vers le neuf. Dès le début du cours, sur mon tapis, très présente, je vais vers moi, je m'intériorise immédiatement. C'est comme un réflexe : ça se fait automatiquement. C'est un état de conscience particulier - une promenade avec le Soi.

D'un coup, la prof interrompt le cours  pour faire l'appel. C'est le rituel de début d'année. Je ne suis pas sur la liste. Etonnée, je lui demande de me rajouter. J'entends :

"Les cours sont complet. Il n'y a plus de place".

Je suis interloquée et je réponds :

"Alors tant pis..."

Elle rajoute :

"Viens me voir à la fin du cours, je verrais ce que je peux faire !"

Le cours reprend.

Et, là, impossible de pratiquer. Un déluge intérieur. Une énergie puissante monte de mon ventre pour tout empêcher : je ne peux plus respirer, je ne vois plus rien. Je me suis étrangère. Avec en boucle, cette phrase il n'y a plus de place pour moi, je ne suis pas la bienvenue. Douleur de migrants.

Il ne me reste plus qu'à partir. Je me lève décidée et blanche, au bord du malaise et sors de la pièce.

Immédiatement, la prof comprenant ce qui se joue, me rejoint dans le vestiaire, se saisit de mes mains tremblantes et me dit :

"Tu n'as pas vraiment entendu ce que j'ai dit : Christine, il y a de la place pour toi. Je t'aime beaucoup. C'est une blessure d'enfance. Si tu pars maintenant, tu repars avec. Reviens terminer ce cours."

Je suis revenue bouleversée, en pleurs. Elle a remis mon tapis en place. J'ai même fait la chandelle et la charrue. Je m'en souviens vaguement. A la fin du cours, je lui ai remis mon dossier d'inscription en la remerciant du fond du coeur.

Comme Noé, je suis descendue dans l'arche bitumée dedans et dehors. Accompagnée par le corbeau. Quand je suis sortie, il avait cédé sa place avec beaucoup de joie, à la colombe. Je sais qu'il y aura encore beaucoup de descentes mais ça me va.

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