En ce moment au Musée des Arts à Nantes, une exposition monographique Nicolas Régnier, artiste du XVIIème siècle.

A travers les oeuvres exposées, on peut se rendre compte de son exubérance, de la beauté des matières et de ses sujets de prédilection. Sujets classiques : souvent bibliques ou mythologiques. Conformément au goût des mécènes de l'époque, il exécutait des toiles en séries pour satisfaire les commandes nombreuses. Il peint à merveille les plumes, les dentelles, les soieries, les velours. C'est une débauche de tissus riches, souples, de teintes chatoyantes. Même le tissu chastement posé sur les bijoux de famille de Saint Sébastien à l'air d'être un doupion de soie couleur cuisse de nymphe émue. Son monde est celui de la richesse sans limite, de l'abondance et de la sensualité. Nous sommes dans un monde intemporel où même la mort est légère et gracieuse. Il fait bon déambuler devant ses toiles décrivant de jolies histoires.

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Puis, Homère m'a touchée. Son infirmité et son oeil tout blanc m'ont interpellée. Sa lyre a l'air neuve, sa robe n'est pas usée, le rouge n'en est pas violent mais les mains sont des mains de souffrance. Le visage est émacié et figé. Il y a du drame là, mais raisonnable. J'ai pensé à une autre toile, peinte au même moment (1620.1625), non pas à Rome mais en Lorraine, par Georges de La Tour. Le Vielleur. Elle se trouve plus loin, à quelques pas et couloirs de distance. Il m'a fallu peu de temps pour la rejoindre. J'ai toujours plaisir à la retrouver.

Quoi de plus terrible pour un peintre que la cécité ? Le peintre n'a de cesse de se débarrasser des écailles qu'il a sur les yeux ; il a la passion du Voir ce qui est en arrière-fond, c'est à dire le Réel, et pourtant il peint un être qui est dans le noir. Il est face à un sujet d'angoisse. Pour preuve la bouche grimaçante, un trou noir, les dents du haut manquantes. Cet homme a tout perdu. Celui qui ne voit plus peut encore jouer de la musique pour gagner son pain, art divin s'il en est...  Georges peint le temps qui passe, la jeunesse et les richesses qui s'envolent. Restent à ce musicien, comme témoignages de sa splendeur passée, une vielle encore belle, incrustée de nacre, un ruban rose, un chapeau rouge avec une belle épingle. Georges peint la disparition - l'ombre sur un fonds comme un abime de velours. Georges utilise des harmonies de miel, gris, rose fané. Il s'avance beaucoup plus loin que Nicolas dans l'humilité et la résignation. Le peu. Le laissé-pour-compte.

Georges peignait pour les Princes de Lorraine et de Louis XIII. On peut supposer que cette toile était vue par des nobles et des gentes dames. Ils devaient l'apprécier, non par compassion, mais parce qu'elle les ramenait à la raison : l'impermanence. L'Aveugle leur donnait à voir... Enfin, j'imagine...

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Photo prise sur le net.

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Il est toujours bon après une visite chargée en émotions et en couleurs, de s'amuser un peu....

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