J'ai rendez-vous à midi avec Hélène pour tester le nouveau restaurant du Musée des Arts à Nantes. Midi pile, car on ne peut pas réserver et comme c'est Eric Guérin, cuisinier de la région, qui supervise l'équipe en cuisine, qu'il y a eu beaucoup de battage publicitaire, on se doute bien qu'il va y avoir du monde. Nous nous dirigeons vers le lieu à pas menus, décontractées et bavardes. Sur la dernière ligne droite, nous nous faisons doubler par 3 personnes imposantes et décidées qui se dirigent d'autorité vers la dernière table libre.

Quittant des yeux les 3 guerriers, je reviens à moi. Je me rends compte que l'ambiance dans la salle est étouffante et sans luminosité. Ma déception retombe et je me dis que l'on aura bien l'occasion de revenir. En sortant, je lis le menu. La presse a beaucoup parlé d'Eric Guérin et de ce nouveau lieu mais sans en indiquer les prix ni les menus. Il a seulement était dit qu'il s'agirait de produits nantais, l'accent a été mis sur le dîner. Il y a eu beaucoup de portrait d'Eric, souriant avec sa pince à épiler. Je comprends mieux : le menu est banal, comme dans une brasserie (chic). Je lis gaspacho, gaufre, guacamole, tartine, salade, saumon... rien de bien excitant ni de bien nouveau. Entrée, plat, dessert pour 25 euros. Du coup, j'ai de la gratitude pour les 3 "ki n'en veulent" - ils nous ont sauvé d'un déjeuner plan-plan, dans une salle tiède.

Hélène connaissait le retaurant Totum - 11 quai Turenne. Bio - végan et sans gluten.

Entrée, plat, dessert pour 16 euros. Là, tout est émerveillement et couleurs. J'ai choisi le burger.

burger_du_totum

(Photo prise sur Facebook)

Plaisir régressif sans avoir mal au ventre.

Suivi d'un cake au citron pavot et son lemon-curd de mandarine verte. Voilà une cuisine inventive, fraîche et brillante.

Pour une fois, je n'étais pas à vélo. J'avais pris le bus car de gros nuages noirs menaçaient. Je ne voulais pas essuyer un orage dont le pays nantais a le secret. Le ticket de bus est valable 1 heure ; je le poinçonne juste pour 10 minutes. Alors, dès que je descends du Busway, je vais à l'arrêt opposé pour proposer aux voyageurs (nombreux) qui attendent s'ils sont intéressés par un ticket "presque neuf", encore utilisable pour au moins 3/4 d'heure. Je suis là, face aux autres et je parle à haute et intelligible voix pour expliquer. Je rencontre peu de regards. Me vient à l'esprit Edgard Poe et L'homme des foules. Beaucoup ont des écouteurs. Ils n'ont pas entendu ma proposition. Mais, il y en a toujours un ou une, intéressée qui tend la main et esquisse un sourire d'étonnement et de gratitude. Puis, je reprends mon chemin, contente. Je sens des regards derrière mon dos. J'adore exercer cette liberté nouvelle, cette légèreté face aux autres que j'expérimente depuis peu. Je ne m'en lasse pas. L'autre est simplement l'autre. Aucune émotion, aucune peur, aucun à priori. J'ai eu conscience de cette aisance à la lecture de la dernière phrase d'un poème d'Enriqueta Aruelo Larriva :

" ..... Maintenant je marche, indemne, parmi les gens."