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C'est la piste en béton, parallèle à la route et en bord de Loire, que je parcours en vélo. Elle a comme un air de territoire préservé. Entre la route et le fleuve. Lors des grandes marées, elle est inaccessible. S'il y a des rafales de vent, elle est couverte de branchages. Au printemps, elle est réduite car mangée par les graminées et les buissons entours. S'il crachine, elle est super glissante et il n'y a personne. J'en profite pour chanter à tue-tête. Les jours de franc soleil, elle est encombrée de joggeurs concentrés sur leur performance. Je me méfie d'eux, car ils n'entendant pas ma sonnette avec leurs écouteurs dans les oreilles et je pourrais leur rentrer dedans... A l'heure des sorties d'école, il y a des élèves sous le pont qui s'embrassent à pleine bouche, d'autres qui chahutent ou qui boivent une bière. Une fois, j'ai vu un homme qui ne faisait rien que regarder l'eau couler. Je croise régulièrement un monsieur qui marche avec une béquille, mais qu'est ce qui va loin ! Je l'ai rencontré à plein d'endroits différents. Il a deux petits chiens, très vieux. Je rencontre aussi de jeunes chiens qui transportent des bâtons. Le dernier en date s'appelait Lamarre (quelle idée !).

Toujours à la même heure (à la sortie des bureaux), je croise une jeune fille, peut être triste, habillée de gris. Elle porte toujours le même bonnet pointu (une de ses amies devrait lui dire qui ne la met pas en valeur). Elle fixe l'espace devant elle. Je la frôle mais rien ne la détourne de son obstination.

Au tout début du printemps, pendant quelques jours, des groupes denses de moucherons se forment. J'ai toutes les chances d'en retrouver quelques uns dans les yeux, le nez ou les oreilles. Je garde la bouche bien fermée. Cela me fait rire toute seule car c'est seulement lorsqu'on est dans le nuage, qu'on sait qu'on est dans le nuage.

A mon habitude, je filais bon train sur les dalles bétonnées. Il faisait presque beau. A quelques mètres, une branche en plein milieu, tout du long. Plutôt d'une jolie forme. J'allais rouler dessus quand je pilais brusquement et m'arrêtais à quelques centimètres. Une couleuvre Esculape qui se réchauffait les anneaux sur le béton tiède. Splendide, kaki dessus et jaune vanille dessous. Très mécontente que je la dérange, elle leva la tête, me fixa les yeux dans les yeux et tsissssss, darda sa langue fourchue en ma direction. Genre "je suis l'Impératrice de ces lieux". Quelques ondulations et elle avait disparue dans les hautes herbes. Quelle classe !

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Photos prises sur le net.