Ce matin de convalescence, je me sentais prête à reprendre une petite routine. Une chose après l'autre, retrouver le plaisir d'être debout et de vaquer à mes occupations de tous les jours. Les mêmes sans cesse renouvelées, comme les vagues de la mer. Je me suis dit que pendant que je pliais le linge, il serait bien qu'Alter coupe en petits morceaux les tomates pour la salade. 4 tomates à couper, ce n'est pas la mer à boire !

Tout en devisant avec légèreté (je devais encore raconter quelque coucourdise que personne n'écoutais), je me retourne. Je reste interloquée, les mots me manquent. Je le vois l'air complètement abruti couper en grosses tranches les tomates directement sur le carrelage du plan de travail, pas forcément propre, avec le gros couteau, celui qui coupe bien et que je n'utilise que sur la planche ad hoc...

La colère m'enlève de terre, me coupe du monde, cloue le bec de mes sens, de mon intellect, de ma raison. Une colère dionysiaque, puissante et qui s'impose de toutes ses forces. Contrairement à mes habitudes de fille bien élevée et pour la première fois, je la suis. Je danse avec elle, je surfe avec elle, je rugis avec elle. Je jouis avec elle. Je m'enfonce avec elle au plus profond, au plus sombre. Je profite. Je fais durer. Je ne supprime rien. Elle jubile, je suffoque de joie, je rougis de contentement. Jusqu'au moment où j'entends :"Bon maintenant ça suffit" et je rajoute "L'incident est clos." Clos pour l'Autre mais pas pour moi, je continue de bercer cette énergie, cette puissance, ce bonheur de vivre ça. Je savoure. Et là arrive une Énergie neuve, fraîche et des Informations. De la Connaissance douce et vivante. Dans ma tête, plus rien ne se bouscule. Un secret m'est révélé.  L'Autre ne me voit pas (cela fait plus de 30 ans que je lui coupe des tomates sous le nez et qu'il mange des tomates coupées par ma main fine et racée). L'Autre ne me voit pas parce que je ne me vois pas. Et j'attends son regard. Les dés sont pipés. Je pensais que s'il me regardait enfin, je me verrais. Je réalise que c'est exactement l'inverse. Si je me regarde, l'Autre me voit.

Tout reprend sa place et je vois le sortilège : "Tu ne vaux rien." Ceci était là depuis des millénaires. Je ne me regardais pas parce que j'avais pris à mon compte ce postulat, comme beaucoup de femmes avant moi. Pourtant l'Oréal nous l'a rabâché pendant des années que nous le valions bien, nous, les Femmes. Je venais de me rendre compte de cette valeur infinie.

Et si dans le même instant, où je me regarde, l'Amour afflue, pulvérisant le barrage, plus rien ne résiste. M'est revenu en mémoire le texte de Chaplin.

 

Ne pas savoir et même pas chercher à savoir. - EGO Christinegio

Aujourd'hui, il me semble que c'est le bon jour pour recopier ce texte de Charlie Chaplin. Le jour où je me suis aimé pour de vrai Le...

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Au jardin, deux roses rouges m'attendaient.

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