Dès mon retour de Santorin, le syndrome de Stendhal s'abattait sur moi me laissant dans un grand état d'hébétude. J'avais subi un choc esthétique violent lors de mon Odyssée, dans les Cyclades. Comme lui (enfin à Fira, pas à Florence, mais c'est presque pareil) : « J'étais dans une sorte d'extase, par l'idée d'être à Florence, et le voisinage des grands hommes dont je venais de voir les tombeaux. Absorbé dans la contemplation de la beauté sublime, je la voyais de près, je la touchais pour ainsi dire. J'étais arrivé à ce point d'émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. » 

Laisser derrière moi, pour toujours, les paysages cyclopéens, l'immensité de l'air et l'ardeur des couleurs me donnait la nausée. J'avais gardé dans les yeux un espace trop grand qui m'empêchait de récurer les casseroles, d'arracher les mauvaises herbes, de changer la litière des chats. La moindre parole me froissait. Rien ne trouvait grâce à mes yeux. Il y avait une cendre qui recouvrait ma vie d'avant, qui me faisait éternuer.

Il n'était pas question d'aller à l'hôpital subir des examens nocifs, des tests idiots ou d'avaler des potions frelatées. Que faire ? Attendre - tout passe, éphémère, même les grandes douleurs mais il fallait que cela cesse. Changer de monde pour une poignée d'heures était l'évidence même, le remède idéal.

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Du toit-terrasse de l'Institut du Monde Arabe

A l'arrivée à Paris :

- suicide sur les voies du RER : 2 heures de retard,

- averses ininterrompues,

- 16 h 30 : les Balades de Magalie. Attente d'une demi-heure sous la pluie. Point de Magalie : il paraît qu'elle a eu un problème d'alerte à la bombe. Mais on ne l'a su que plus tard.

- quelques heures après, une autre alerte à la bombe près de l'Institut du Monde Arabe.

Contrairement à ce que l'on pourrait penser à la lecture de la liste qui précède, rien n'a entamé ma bonne humeur. Tout était prétexte à oublier le syndrome dépressif. Cerise sur le gâteau : j'ai trouvé les parisiens presque joyeux. Leur bonne humeur semble un peu factice, leur sourire commercial mais ne rechignons pas, j'ai trouvé un réel progrès. Ils font contre mauvaise fortune bon coeur et j'ai apprécié.

Je pouvais à nouveau éprouver les plaisirs de la promenade et de la beauté sans arrière-pensée aigre ou écoeurante.