Bien sûr, on ne peut parler de la Mort que lorsque l'on est bien vivant et en bonne santé. Avant sa maladie, nous parlions souvent de la Mort. Elle avait été infirmière. Elle avait une expérience de la Mort de l'Autre, des souffrances de l'Autre. Elle avait potassé toutes les théories. Alors, à l'annonce du diagnostic, elle n'y a pas cru. Pas elle. Elle était sûre que "là-haut, ils ne voulaient pas d'elle". Elle a utilisé toute sa créativité pour choisir et adapter les traitements à sa disposition. Elle a fait à sa sauce, comme elle l'entendait avec beaucoup de bonne humeur, de vitalité et d'optimisme. Elle m'a agacée. Je ne pouvais que l'écouter. Elle était comme verrouillée. Impossible de dire ce que je pensais. Maintenant, je sais que cela n'a aucune importance.

Pour ses trois derniers mois, elle a joué ses derniers instants, avec volonté et talent. Elle ajustait sa perruque avec grand soin, faisait teindre les cheveux qui repoussaient, prenait sa voiture et disait qu'elle allait manger des glaces mais qu'elle ne pouvait pas aller plus loin que le grand carrefour, car elle avait peur de caler. Mais elle nous assurait qu'elle allait y arriver. Elle a acheté un rosier rouge et un autre rhododendron pour que son jardin embaume l'été. Elle aimait les parfums. Elle ne voulait pas partir. Toujours insatisfaite de son sort.

Nous avons tous cru à une rémission, à un bel automne, une fête dans le jardin et des huîtres à la Bernerie.

En quelques heures, son corps a lâché et son âme s'est résolue de partir.

En écrivant, j'entends son chien qui aboie dans le jardin. Quelqu'un doit rendre visite à son fils qui est revenu de Montréal pour ses derniers instants. Ils pleurent.