Sur ma table de chevet, j'avais un certain nombre de romans que j'avais pris à la médiathèque comme un butin : les 3 derniers d'Elisabeth Georges, 2 de Tracy Chevalier. Je les avais attendus longtemps. Je les ai dévorés les uns après les autres. Il m'en restait un petit blanc, insignifiant que j'avais emprunté juste pour le titre Petit traité de désinvolture . Je place la désinvolture en grande estime. Elle peut sauver un instant crispé.

J'en appelle à la désinvolture ! - EGO Christinegio

Prendre le repas ensemble. Trois fois par jour. On bavarde, on rêvasse, on mastique, on savoure, on s'ennuie. Tout d'un coup, hier, je me suis impatientée. Une impatience vive. Impossible de réfréner cette irritation qui a pris toute la place. Plus rien d'autre n'existait. Une irruption. Un volcan.

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La date limite d'emprunt était dépassée. Je le rends ou je le lis ? J'avais déjà rendu un Philippe Delerm lu à moitié. Philippe Delerm me décourage souvent. Je le trouve popote, sans malice et plat. Alors Denis Grozdanovitch ? Déjà, un nom comme ça ! Et, si c'était un russe grandiloquent,d'un ennui mortel et compassé ? Je lis l'incipit :

"Où il est question du dilettantisme et de la désinvolture, du temps et de la vitesse, des êles et du bonheur, du sport et de la mélancolie...mais aussi des chats, des tortues et des Chinois."

"il n'y a rien de plus fructueux ni de plus amusant que 'être distrait d'une chose par une autre chose." Charles Albert Coingria.

Pas mal, j'adore sauter du Coq à l'âne (coucou Wally !). Effectivement, nous nous amusons beaucoup avec Denis : son chat Perdita, sa mémé et Titi, le tennis, Paul Léautaud et son journal, Duns Scot mais aussi John Cowper Powys.

Il cite John Cowper Powys page 253 et c'est comme une illumination pour moi :

"Le grand secret de Proust, le message sacré que je recherche avec tant d'obstination chez tout auteur, a certainement affaire avec la petite madeleine trempée dans une tasse de thé ainsi qu'à deux ou trois autres circonstances propices à ce genre de révélations, jusqu'à celle qui culmine à la fin du livre, mais la réalité - si stupéfiante soit-elle - reste plutôt que le genre d'extase décrite par Proust et que bien des gens, comme il le reconnaît lui-même, ignorent, et ignoreront toute leur vie, est une sensation qui n'a rien à voir avec ce que nous appelons la "beauté", ni avec ce que nous appelons l'"amour". C'est une sensation, ou disons plutôt un moment où nous sommes "ravis" au-delà de toute expression par ce que Worsdworth appelle le "plaisir inhérent à l'existence même".

Ne rien faire d'autre que de se sentir vivant. Voilà ma préférence, avec ou sans livre, avec ou sans madeleine. Je me suis embarquée avec Denis et ses miscellanées, dans un périple réjouissant. Tellement que la dernière page tournée, e suis revenue picorer avec gourmandise dans ses phrases.

 

Un blog est consacré au Journal de Paul Léautaud... une sorte de bloggeur début du XXème siècle...

http://paul-leautaud.blogspot.fr

Petit vieux délicieux...