anneau_d_or

Je remarquais, soudain, que je n'avais pas sur mon annulaire gauche, comme les autres hivers, la marque de l'alliance fabriquée par le soleil de l'été. Je suis nostalgique de ce petit cercle de peau blanche. C'est parce que j'ai porté des bagues fantaisies que j'enlève sitôt rentrée, pour être plus à l'aise. 

Ma mère, lorsqu'elle divorça à plus de 50 ans, ne put ôter son anneau. Son doigt était tellement gonflé qu'elle dut aller chez le bijoutier pour qu'il lui enlève avec une pince coupante. Il était très étonné de voir à quel point la marque était rouge alors qu'elle ne sentait rien. Il était moins cinq qu'elle ne soit amputée de son annulaire. L'irritation du mariage était telle qu'elle s'était fabriquée une grande insensibilité physique. Elle a failli y perdre un doigt dans cette affaire de presque 35 ans. Je sais ce qu'elle y a gagné.

Ma grand-mère disait que lorsque l'anneau d'or était passé au doigt de la mariée, dans la chapelle de son petit village italien, il ne fallait plus l'enlever, jamais. On le portait jusqu'à la mort. Le curé expliquait que s'il était retiré, l'autre tombait. Je pense que le verbe tomber devait être pris au sens large : tout était possible si on piétinait le sacré. Elle me disait ça lorsqu'elle voyait ma mère se laver les mains en posant son alliance sur le lavabo.