En sortant de la Ressourcerie de l'Ile, j'étais déçue. J'avais essayé un manteau noir ancien fait d'un joli tissu, une jolie coupe mais beaucoup trop cher, un chouillat trop petit et surtout la doublure en très mauvais état à refaire. La caissière n'a pas voulu diminuer le prix, alors je l'ai laissé. Le dépit m'envahissait. J'ai quand même senti un regard appuyé. Et vu son gros sac lourd, plein de marchandises cliquetantes et les deux gros coussins rouges encombrants. Voilà une jeune femme qui s'est laissée débordée par ses envies. Oh, combien je la comprends !

D'une petite voix qui laissait deviner tout le courage qu'elle réunissait, elle me demande si nous pouvions la déposer à Pirmil, à l'arrêt de bus. Bien évidemment que oui. Nous passons juste devant. La voiture est petite, Alter doit relever un siège mais tout va rentrer même les 2 gros coussins rouges. Je la sens soulagée. Alter sur la défensive. C'est toujours comme ça lorsque surgit l'inattendu. Il renâcle et imagine une catastrophe sous peu. Son mental énumère lentement tous les problèmes que cela va lui attirer puis tranquillement tout rentre dans l'ordre car sa raison lui demande de respirer, lui suggère que finalement ce n'est pas si grave et que ça va se faire. D'autant, que cette jeune personne sent très bon l'eau de toilette à la noix de coco. Quand je lui dis, cela la fait rire et tout d'un coup, mes compagnons de voyage se détendent. Cela augure de bonnes conditions de route !

Nous parlons de nos vies respectives et de fil en aiguille, elle nous apprend qu'elle habite juste derrière Biocoop. Ben, tiens, si on la ramenait chez elle et que l'on en profitait pour faire nos courses. C'est pas mal comme idée ça. Deuxième coup dur pour Alter : c'était pas prévu... Mais justement, ce qui n'est pas prévu c'est  pain béni... Il déglutit, accuse le coup puis finalement se résigne...

C'est d'accord. Je dis :

"J'aime faire plaisir..."

Et, c'est là quelle me demande :

"Vous êtes croyante ?"

Je prends un temps de pose avant de répondre et j'entends Alter qui se dit dans sa tête très fort :

"Oh, Putain, on est mal barré si elle se met à lui raconter son aventure spirituelle, on en a pour la journée, avec toutes les choses que j'ai à faire ! En plus, ça me gonfle d'une force..."

L'avantage de vivre avec quelqu'un depuis très longtemps c'est que l'on n'a pas besoin de décodeur !

Alors, je fais simple et je répond la phrase passe-partout :

"Je suis croyante mais pas pratiquante."

Elle m'apprend qu'elle est catholique et qu'elle va à l'église tous les dimanches et plus si elle peut.

Puis l'heure est venue de se séparer.

Pas pratiquante ? Pas si sûre !

 

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Photo prise sur le net !