Le film calme et puissant The Constant Gardener - 2005, hier soir sur Arte. Il raconte le pouvoir sans limite des laboratoires pharmaceutiques aidés par les autorités corrompues qui manipule les populations défavorisées Africaines pour leur protocole d'essais thérapeutiques. La machine infernale broie les associations humanitaires qui dénoncent leurs agissements. 

Ce labo a pour devise : The World is our clinic.

2016 - Ils ont parfaitement réussi. L'Occident est un hôpital géant ; les populations, des êtres en souffrance consommant du médical à tort et à travers. Parfois, avec acharnement thérapeutique dissimulé ou protocole d'expérimentation pharmaceutique incohérent. Garder l'illusion de la vie à des gens qui sont déjà morts.

Mais, des consciences s'élèvent. Les géants aux pieds d'argile vont peut-être diminuer et reprendre taille humaine.

Ce film faisait écho à la présentation du film Réparer les vivants, d'après un roman de Maylis de Kérangal, où il est question de la greffe. Ce titre est inspiré d'une phrase dans la pièce de Tchékov Platonov : "Enterrer les morts, réparer les vivants."

Une nouvelle loi a été promulguée cet été, instituant le don d'organe comme allant de soi sauf contre-ordre explicite de la personne en état de mort clinique. Avant cette loi, c'était l'inverse : les organes étaient prélevés s'il y avait volonté expresse.

Il y a deux parents effondrés dont le fils surfeur est en état de mort clinique. On les bouscule pour prélever son coeur. Un second déchirement.

Dans toutes les sociétés civilisées, il y a un temps pour la mort. Pour enterrer les morts et réparer les vivants. Ce qui veut dire un rituel, une cérémonie qui durent plusieurs jours dans le recueillement, la douleur, les souvenirs et même parfois les fous-rires. C'est cela qui répare les vivants. Maylis de Kérangal oublie que pour réparer les vivants, il faut enterrer les morts. Décemment.

Et puis ce coeur. Arraché férocement, rapidement, à un poitrail encore chaud. Choqué par le stress de la mort imminente, placé dans une glacière entouré de pains de glace, chahuté dans un hélicoptère ou une ambulance. Replacé à la va-vite dans un autre corps que la mort commençait de caresser. Ce corps qui sera pendant des années soumis aux médicaments anti-rejet (tiens, revoilà les lobbies pharmaceutiques) parce-qu'il ne veut pas de cette étrangeté. Peut-être sent-il le poids énorme de ce coeur. Ce coeur gros d'engrammages.

Ils peuvent transvaser nos organes ; ils n'auront jamais notre âmeà ce qu'il paraît mais c'est à vérifier. Ils pillaient déjà nos porte-monnaies en nous faisant croire qu'ils prenaient soin de notre corps, de notre bien-être. Ils convoitent maintenant nos organes. Ne nous y trompons pas : ça rapporte gros. Ils s'appuient sur nos faiblesses face à la maladie et à la mort. L'homme du commun commence à ruer dans les brancards. Pour certains, la maladie et la mort ne sont pas ce qu'ils semblent être : des évènements à abolir à tout prix, rapidement avec des moyens grossiers, sans réfléchir et sans se poser de questions sur nos façons de faire. Et s'ils étaient des enseignements à vivre intensément ? Des initiations, des libérations... Christiane Singer a le courage et la force de vivre jusqu'à la dernière goutte. Ses grands yeux noirs accueillent avec passion la maladie qui s'empare de chaque parcelle de son corps et regardent sans ciller la mort qui se présente.

Dernier fragment d'un long voyage.

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