Je réduis la voilure pour voguer en toute sérénité. Pas la peine de s'agiter comme un sémaphore, les amarres sont larguées. Des alizés pour un léger tangage. Au mois d'août, le vide appelle ça ou ça. Peu importe. Faire niente ou presque.

Pour finalement échouer à cause d'un efficace coup de rame d'Annick de Souzenelle, sur les côtes escarpées de la Genèse - les premières pages - les Origines du monde et de l'Humanité.

19 Le SEIGNEUR Dieu forma de la terre tous les animaux des champs et tous les oiseaux du ciel, et il les fit venir vers l'homme, pour voir comment il les appellerait, et afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme.

20 Et l'homme donna des noms à tout le bétail, aux oiseaux du ciel et à tous les animaux des champs; mais, pour l'homme, il ne trouva point d'aide semblable à lui.

Je lis et relis ces mots imprimés sur du papier tout fin. Ils se glissent dans l'espace laissé libre de l'été à son apogée. Je suis fascinée. J'ai ressorti ma vieille Bible. Sous mes yeux le surgissement du Monde. Encore et encore. Je n'en crois pas les mots.

C'est au 6ème jour qu'Adam fait l'unique chose qui lui est demandée. Avant Dieu a créé tout le décor avec le règne végétal. Sans aucun nom. L'anonymat total. Puis, Il crée les êtres vivants mais là il fait venir l'homme pour les nommer. Après, Dieu crée le féminin. La tache de l'homme se trouve entre la création de l'Univers et celle du féminin. Adam n'a que ça à faire : donner un nom aux animaux.

Pour Annick de Souzenelle, l'Adam, c'est chacun de nous et nous avons à nommer nos animaux intérieurs. Seulement ça, Dieu se charge du reste...

bestiaire

 

Bestiaire du XIIème siècle, conservé à l'université d'Aberdeen en Écosse.

J'ai mis dans mon sac de vacances la Symbolique du Corps humain, le seul livre d'Annick de Souzenelleque j'ai dans ma bibliothèque depuis des années, qui a vécu. Je l'ai lu et relu sans parfois ni rien comprendre mais j'y reviens au moins une fois par an.