Je ne peux pas illustrer un texte qui parle d'un gros bouton sur ma peau. Laissons faire l'imaginaire.

Un beau matin, sur mon épaule droite en plein milieu un énorme schtar. Très ferme et bien implanté, je ne peux rien tenter. Attendre seulement. Puis, une question petit à petit fait sa place. Et, si c'était un mélanome ?

L'air de rien, je demande à mon acupuncteur habituel ce qu'il en pense. Il triture soigneusement la chose et me lance :"Allez consulter un dermatologue avant les vacances, comme ça vous pourrez partir tranquille..." Venant de lui qui est plutôt cool, sa réponse m'interpelle. Je me bouge. Après une visite totalement inutile chez mon médecin généraliste pour l'ordonnance, j'obtiens un rendez-vous chez un dermato du bourg, dans les 3 mois.

Enfin, je suis dans la salle d'attente de la dermato. Mon bouton n'a pas changé. Un peu grossi peut être.

La dermato arrive. Une grande et belle femme de mon âge. Blouse blanche ouverte sur des vêtements sombres et de bonne coupe. Beaucoup de bijoux dont une énorme montre blanche de marque - le plus gros modèle. Assortie au blanc de la blouse. Elle semble affairée et agitée. Je passe, sur son invitation, dans son cabinet. Classique. Je n'ai pas encore croisé son regard. Elle s'active à taper mon curriculum vitae (vitae - j'espère encore un petit moment !) sur son clavier. L'endroit est plutôt sombre. Aucune digression.

On passe à la salle d'examen lumineuse et  froide. "Déshabillez-vous". Je veux bien mais je vois face à la fenêtre, un immeuble en construction. Les ouvriers sont aux premières loges, face à moi. Ils font semblant de pas regarder mais je me demande s'ils vont rester longtemps concentrés sur leur béton lorsque je vais retirer mon pull. C'est pas que je sois gaullée comme Charlize Terron, loin de là, mais un petit intermède pourrait satisfaire leur curiosité. Je dis dans un sourire : " je ne me déshabille que si vous descendez les stores car je  ne veux pas faire un strip-tease ridicule !" Elle s'exécute avec mauvaise grâce et sans un mot ; je n'ai toujours pas croisé son regard. Je me sens bien seule.

Je pensais qu'elle allait examiner soigneusement chaque centimètre carré de ma peau comme j'avais vu faire un autre dermato. Pas du tout.Dans un soupir, elle survole l'ensemble de mon corps sublime. Je la recadre sur le héros du jour - l'objet de la consultation. Elle sort un spot à lumière vive, examine et me lance : "C'est un gouogeohihieoaaao. Pas cancéreux, il peut le devenir, mais c'est très rare. On ne peut pas l'enlever, vous le garderez toute votre vie." Je ne lui redemande pas le nom de mon envahisseur, car je sais qu'elle va me redire : "Un ljfeoifeohafopfaf". Donc, je laisse tomber. Le plus important est : "Ce n'est pas cancéreux."

Je me rassois sur la table d'examen. Alors que je lui tourne le dos, elle enfonce vigoureusement son index manucuré dans le bas de mon dos et dis "Par contre, vous avez là 2 grains de beauté suspects." est cet endroit que personne ne peut voir sur son corps. C'est mécaniquement impossible. Bien sûr Alter peut regarder si je lui demande. Regarder il peut mais voir, c'est une autre histoire. Je me sens découragée d'un coup.

Elle rajoute :"Je veux vous voir (est-ce qu'elle me voit ?) tous les 6 mois pour surveiller. Prenez rendez vous avec ma secrétaire en partant."

Rhabillée, je règle la jolie somme de la consultation et je me casse. Heureusement, elle ne me raccompagne pas. La secrétaire est au téléphone. Ni une ni deux, je suis déjà dehors, au grand air et au soleil. Point de rendez-vous. Hasta  la vista.

Elle ne m'a pas vue, je ne vois pas mes grains de beauté, je ne la reverrai jamais.

Mais, j'ai toujours mon "compagnon un peu, beaucoup moche". Saint Internet. Je cherche et je trouve son nom Histiocytofibrome. C'est définitif, je mourrai avec, qu'ils disent.

Têtue, je décide de l'oindre chaque fois que j'y pense d'un peu d'huile essentielle. Je choisis tea tree. C'est elle que l'on recommande pour les boutons. Et, miracle au bout de 6 mois, je trouve qu'il a beaucoup diminué. Il devient beaucoup plus ordinaire. Il ne gâchera pas mes vacances l'été prochain. Je pense rajouter des cataplasmes d'argile pour le laisser partir définitivement.