César Aira, Le Manège, Roman, André Dimanche Editeur, Marseille 2003, Editeur original Emecé, Buenos Aires Argentine, 2001.

page 72.

"Il était euphorique. Il n'en revenait pas que tout ait été si simple ; il ne remarquait pas qu'en réalité il n'avait encore rien obtenu. Mais il se moquait bien des résultats. Le chef d'oeuvre était déjà accompli. Après y avoir tellement pensé (ou après n'y avoir pas pensé du tout, ça revenait au même), la manoeuvre s'était réalisée presque toute seule, presque sans intervention de sa part. Il s'était promis de ne rien laisser au hasard d'une impulsion ou des circonstances, et finalement il avait improvisé dans l'instant. Du coup, tout semblait facile, les choses s'étaient faites toutes seules.

Et en même temps, il sentait que tout ça était le fruit d'une lente et minutieuse délibération. Mais aussi le fruit de l'improvisation.

Il y avait là une contradiction, à moins de redéfinir le terme "improvisation". On pense toujours qu'improviser, c'est agir sans réfléchir. Mais quand quelqu'un fait quelque chose par impulsion, par envie, ou simplement sans raison, c'est bien lui qui agit, avec son histoire, qui l'a amené jusqu'à ce moment de sa vie ; loin de ne pas avoir pensé cet acte, il l'a porté en lui de bout en bout : il l'a pensé à chaque minute depuis sa naissance."

Un bout du secret. Euphorique. La simplicité de chaque action conduite fermement et souplement.

Je me suis délectée de chaque mot de ce petit roman, juste et vivant.

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