Tout quitter. Tout laisser.

Migrer. Immigrés.

Se saisir de l'espérance et mettre toutes ses forces pour vivre. En couple - être à deux pour faire face à l'inconnu, quand on est chanceux. Faire des enfants sur un autre territoire. Oublier sa langue maternelle.

De l'Italie à la France, de frontières à frontières. Début du 20ème siècle, à quelques années près.

C'est la vie de mes 3 grands-parents sur 4.

Souvent le départ est vécu comme un déracinement, un traumatisme - sauf pour celui qui le choisit comme une aventure ou qui prend tout pour une opportunité. Ceux-là sont plutôt rares mais ils ont le mérite d'exister et de parsemer de joie, l'arbre généalogique.

A l'arrivée, on est rejeté par celui qui est déjà là. Alors, on travaille beaucoup, on se fait transparent et on devient silencieux. Les descendants nés sur ce sol étranger pensent le changement comme une épreuve terrible ;  ils choppent un lieu et s'y agrippent toute leur vie. Il faut attendre la génération suivante pour se réconcilier avec la curiosité de l'autre et de l'envie de partir.

Mes 2 grands-pères étaient immigrés mais ont aimé le voyage toute leur vie. L'un partait construire des ponts dans toute la France et à l'étranger et l'autre travaillait à la SNCF, avait des amis partout et sillonnait la France avec ses billets de train gratuits ! Mes soeurs sont parties à l'étranger et mes filles partent ailleurs comme si c'était inscrit dans leurs gênes. Pour ces 2 générations, ce sont des choix.

François, mon grand père cheminot, était le 3ème d'une fratrie de 8 enfants. Marcelle, sa soeur a écrit l'histoire de leur famille (première archiviste familiale.

Il est le seul de tous les enfants a avoir eu une descendance avec une femme française, vendéenne de sucroit. "François", il se prénommait, le plus français de tous, il sera !

C'est là, le paradoxe car il ne faisait jamais comme les autres enfants et affirmait sa singularité en créant des psycho-drame qui secouaient la famille. En lui, bouillait un esprit de révolte et de liberté. Il s'est engagé dans la marine marchande et a fait le tour du monde. Les autres enfants étaient beaucoup plus obéissants. Lui ne se laissait pas faire et faisait les 400 coups.

En 1927, il est tombé sur ma grand-mère qui s'est chargée de mettre de l'ordre dans sa vie. Il était très amoureux et n'a pas tout de suite vu comment les choses allaient tourner pour lui. Heureusement, toute sa vie il a pris le train pour prendre l'air et de la distance, même si elle l'a toujours accompagné !

Tout autour de moi résonnent des noms italiens. Mes origines italiennes me constituent et me poursuivent. Même Alter Ego est d'origine italienne. Mon nom de femme mariée est un nom italien.

Mais comble de l'ironie, cette grand-mère vendéenne m'a donné une ancêtre qui s'appelait Marie-Thérèse Dupont. Tout cette histoire (qui n'a d'intérêt que pour moi) pour pouvoir écrire que j'ai une ancêtre qui s'appelait Melle Dupont. Comment ne pas être déboussolée avec un tel grand écart dans mes origines ?

De l'Italie des montagnes obscures et rudes à la France franchouillarde, d'une île perdue, balayée par les vents.

Il va me falloir beaucoup plus qu'une boussole !

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