1990. Une fabrique de chaussures dans un vallon niçois. Une cinquantaine d'employés quand même. Une production de 200 paires jour. Souliers de luxe : excellent chaussant, matières rares et nobles, couleurs étudiées. Les employés travaillent dur ; la fabrication doit être impeccable.

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Débarque de Paris, monsieur Zaza.

Un vrai look de parisien décalé dans cette petite ville provinciale, pourtant touristique. Il s'habille comme les Deschiens : mélange d'imprimés, des tweed verdâtres, des casquettes, des cravates aux imprimés et aux formes années 50. Il se hisse jusqu'à l'usine (qui est sur une colline) sur un vieux vélo brinquebalant, qu'il laisse entre deux visites, dans la cave du Palace dans lequel il loge en front de mer. Les employés le surnomment affectueusement Monsieur Zaza. Et, monsieur Zaza est très, très ambitieux. C'est un jeune créateur ; il veut créer sa marque dans le monde de la chaussure qui bat déjà de l'aile,  il faut le dire. Il a fait un stage chez Charles Jourdan.

Il veut que l'entreprise lui fasse ses collections.  Le patron hésite : ses croquis sont compliqués. Monsieur Zaza est exigeant, cela va demander du temps et comme l'on sait le temps c'est de l'argent.  Il doit maintenir la production pour ses clients. Finalement, l'accord se conclut. Monsieur Zaza tire sur les prix et le patron trouve un système pour que les collections ne lui reviennent pas trop chers en temps et en matière.

Pour le temps c'est difficilement compressible car la qualité du travail passe avant tout dans cette entreprise. Donc, les mises au point  sont rigoureusement respectées, malgré l'originalité des modèles.

Pour les matières, le patron a dans sa réserve un stock de cuir à semelle rouge acheté au rabais, pour faire des essais et des modèles de collection expérimentaux. L'entreprise Charles Jourdan produisait moins et avait moins besoin de cuir à semelle rouge ; le fournisseur se trouvait avec cette matière sur les bras. Le rouge et le noir étant la signalétique de cette marque : semelles rouges, boites rouges et noires, enseigne. Il décide donc d'utiliser ce stock bon marché pour la collection de Monsieur Zaza. Et c'est parti pour les chaussures à semelles rouges : une idée anodine et efficace... comme la suite dans le monde du marketing le prouvera !

Les souliers de Monsieur Zaza sont commercialisés sous la marque qui commence par un L et ça finit par un N... Mais, ça vous l'avez deviné !

Les choses sont toujours simples. Et ça, il n'y avait personne pour le dire !

 

 

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