portrait_of_a_lady

Hier soir, sur Arte, The Portrait of a Lady de Jane Campion (1996).

Jane Campion m'emmène ;  je suis. Le chemin n'est pas en droite ligne mais sinueux, lent et victorien. Les mots d'Henry James sont là pour cailloux blancs. Elle s'attarde mais n'hésite jamais. Les acteurs lui sont dévoués. Mais  les objets, les paysages et  les tissus s'imposent . Elle filme comme elle pourrait peindre. Ses couleurs sont celles de ce siècle. Elle sait les ambiances ; elles deviennent tangibles. Le drame se déroule sur ce fond, suranné mais ressuscité.

Par contre, le drame est intemporel. Un drame ? Je dirais plutôt un jeu. Un jeu malheureux, comme un cahier d'exercice sans cesse représenté aux femmes.

Isabel Archer, américaine, belle, riche et très courtisée choisit l'homme. Celui qui dit : "Je t'aime éperdument" avec le regard adéquat, ténébreux et noir. Il efface tous les autres : les tendres, les maladroits mais sincères, les modestes. Elle va, quand même, partir seule pour un grand voyage aux quatre coins du monde mais ne verra rien des merveilleux pays qu'elle traverse ; la phrase hypnotique possédant son âme. Cette phrase la pousse à dire oui. De plus, Osmond a un goût exquis...

Le piège va se refermer sur elle ; elle perdra sa curiosité, son intelligence (elle le dit elle-même), son argent et sa liberté. Sans aucune compensation. De Lady, elle deviendra animal traqué. C'est rapide et inéluctable. Par manque de discernement. A cause de quelques mots habiles, elle perd ses facultés de choix.... Elle se donne sans contrepartie, en victime expiatoire à un pervers, qui n'a d'ailleurs aucun effort à faire.

Moralité : Nous sommes toutes des Ladies, riches et libres ; il est de notre responsabilité de le rester...